Corruption, le prix à payer pour le respect de la vie privée ? Un paradoxe finlandais

Opinion piece on the dynamics between corporate corruption and data privacy legislation in Finland by Fraud Investigation and Dispute Services experts Mikko Ruotsalainen and Markus Nylund from EY in Finland

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Seminar on Corporate Compliance - Wednesday, December 14th

English version below

Corruption, le prix à payer pour le respect de la vie privée ? Un paradoxe finlandais

La Finlande apparait, dans les enquêtes diverses sur la corruption et fraude financière, comme l’élève modèle sous tous les rapports. Cependant, les entreprises finlandaises ne devraient pas se laisser bercer dans l’insouciance − elles font face à ces risques lors de leurs opérations, notamment hors territoire national, de façon permanente. Par ailleurs, elles peuvent, dans certains cas, être obligés de se conformer à une législation bien plus stricte que celle appliquée à l’échelle nationale, tel US Foreign Corrupt Practices Act et UK Anti-Bribery Act. La presse nous a récemment dévoilé qu’une entreprise finlandaise s’est vue proposer, par le ministère de la Justice américaine et les autorités judiciaires d’un pays européen, une amende de plus de 1 milliard d’USD. Les négociations sur le montant définitif sont en cours. Une des raisons, sinon la seule, de l’implication des autorités américaines est le fait que la transaction incriminée s’est faite en dollars US.

En France, la lutte anti-fraude avance à grands pas. Suite à de nombreux scandales, du financement douteux des partis politiques à l’évasion fiscale pure et simple, l’Assemblée Nationale a voté une loi créant une agence nationale anti-corruption et renforçant d’une manière significative la protection des lanceurs d’alerte. L’agence n’effectue pas des enquêtes à proprement parler et ne se substitue pas à la police judiciaire; son rôle se « limite » à l’évaluation des procédures et contrôles anti-corruption au sein des entreprises dont les effectifs dépassent 500 employées et dont le chiffre d’affaires est supérieur à 100 million d’euros. Le non-respect des recommandations de l’agence peut coûter cher, jusqu’à 1 millions d’euros par personne morale et/ou 200 000 euros par personne physique.

La législation finlandaise ne va pas encore aussi loin dans la lutte contre les pratiques corruptives. « Fermer les yeux et croiser les doigts » reste une pratique sinon cautionnée, du moins tolérée par les autorités septentrionales. Les entreprises finlandaises ne font, pour l’instant, face à aucune obligation légale d’établir des règlements, procédures ou contrôles anti-corruption.

Curieusement, la loi finlandaise protégeant les données à caractère personnel, qui couvre notamment les emails professionnels, protège aussi les affaires malhonnêtes. L’employeur n’a pas la possibilité de vérifier soi-même, en visionnant les emails émis à partir de la boîte professionnelle, si l’employé s’est livré à des pratiques peu scrupuleuses. Une intervention de la police, lente et procédurière, reste de mise. Pendant ce temps, l’entreprise n’est ni en mesure d’arrêter les dégâts, ni d’être en conformité avec les lois anti-corruption internationales, le cas échéant. Dans un tel contexte, la capacité de l’entreprise à protéger son patrimoine, et celui de ses propriétaires, est diminué par rapport à ses concurrents relevant d’autres législations.

Les entreprises finlandaises tendent souvent à faire l’impasse sur les procédures et les contrôles anti-corruption. A court terme, une telle approche peut paraître financièrement tentante. Cependant, bloquer la vue du siège peut être coûteux à terme : les arrangements divers que l’on peut trouver sur le terrain peuvent surprendre. Il est connu que dans certains pays, il est quasiment impossible de faire avancer les administrations sans donner un « petit quelque chose » en échange d’une formalité accomplie « bien comme il faut ». En vue du climat actuel aux Etats-Unis et en Europe, ces pratiques-ci pourraient cependant exposer l’entreprise à des risques juridiques et de réputation non contrôlés et difficiles à mesurer.

Pour se défendre dans une telle situation, l’existence des procédures internes ne serait guère suffisante. Le juge français, britannique ou, dans une moindre mesure, américain, attend désormais une approche plus musclée : des contrôles appropriés et bien implémentés. Garder un œil sur le bon fonctionnement de ces contrôles devrait, in fine, être moins coûteux que de devoir jouer les pompiers de manière aléatoire.

A l’aune de ces évolutions récentes, la Finlande apparait, hélas, comme une république bananière en matière de lutte anti-corruption. Tant que le législateur finlandais reste impassible, il incombe aux entreprises de se montrer proactives et de se donner un code de conduite approprié.


Is corruption the price for privacy? The paradox of Finnish data privacy law

While corruption surveys might portray Finland as a safe haven without corruption and financial wrongdoings in general, Finnish companies should not consider these risks as remote and unlikely. A company with international operations may be required to comply with foreign regulation, of which the US Foreign Corrupt Practices Act and UK Anti-Bribery Act are best-known. As recently reported in the media, a Finnish company is currently negotiating with the US Department of Justice and a European country’s authorities with regards to a proposed fine of over USD1bn. The only, or at least one, reason for the US law enforcement reaching out in this way is that the corrupt transactions were denominated in US dollars.  

Major steps are currently being taken also in France to fight corruption. Shaken by diverse scandals related to political party financing, and on some occasions to individual tax evasion by high-profile politicians, the French National Assembly voted in November 2016 on a bill creating a National Anti-corruption Agency and significantly strengthening the framework for whistleblower protection. The National Anti-corruption Agency is not in charge of investigating corruption, which is still a police matter, but is tasked with assessing on a mandatory basis the anti-corruption framework of companies exceeding a certain size.[1] Noncompliance with Agency recommendations may lead to sanctions; the current French law bodes noncompliance fines amounting up to €1mn per company and €200 000 per individual.

Finnish legislation does not yet go so far as to oblige companies to abide by the duty of care vis-à-vis corruption. In the Finnish framework, shutting one’s eyes and hoping for the best still seems to be a convenient way forward and doesn’t expose the company to any sanctions. As things stand, Finland-based companies are not required to establish monitored anti-corruption policies and controls.

Interestingly, Finnish data privacy law turns out to protect secretly messy businesses. If an employee is suspected of engaging in corruption, a company is not allowed to go through even purely professional corporate emails in search for evidence. Instead, police intervention is necessary. During this time-consuming process, further harm can be caused. The company may find itself in the delicate position of being trapped in noncompliance between the internationally required duty of care and the strict Finnish interpretation of data privacy. It looks like Finnish companies are facing substantial restrictions on protecting their assets, and thereby shareholder value, compared to competitors elsewhere.  

On several occasions, we have noted that Finnish companies operating abroad tend to have fairly lean internal controls in place and a budding – if even existing – compliance framework. In the short run, this may seem cost-effective. However, in this way, company headquarters might not necessarily be aware of how business is done at the grassroots level in the subsidiaries. It may come as a surprise if “special arrangements” exist between local management and customers, or with local authorities.

Considering the current European and US climate regarding such practices, companies could be exposed to uncontrolled legal as well as reputational risks. It is well known that, in certain countries, it can be difficult to push forward administrative matters without some facilitation payments. However, doing so could turn out to be highly expensive in the end for a company domiciled or issuing stocks in the UK, such a fast-track, however commonplace such practices may be locally.

To claim that this sort of behavior was against corporate anti-corruption policies will not suffice as a defense. The duty of care, emphasized in the most recent legal texts, requires that documented controls are in place to ensure the adequate implementation of those policies. Prevention through policies and enhanced monitoring of their implementation will, in the long run, cost less than reacting to emergencies – and nursing corporate wounds − on a random basis.  

When it comes to anti-corruption legislation, how unfortunate it may sound, Finland remains thus far a banana republic. As long as the national legislator does not impose awareness, Finnish companies should seek external advice on how not to slip on the banana peelings of bribery and corruption.


[1] With the minimum of 500 employees and turnover exceeding €100mn

Markus Nylund
Executive Director, Fraud Investigation and Dispute Services, EY
markus.nylund@fi.ey.com
+358 40 532 2098

Mikko Ruotsalainen
Senior Manager, Fraud Investigation and Dispute Services, EY
mikko.ruotsalainen@fi.ey.com
+358 50 578 0070

 

 

 

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